Boucher Mélissa

On ne demande pas des comptes à un orage

On ne demande pas des comptes à un orage capture des instants de vie nocturne de la jeunesse vietnamienne à travers des images prises dans l’espace public à Hanoï et à Saïgon. Ce titre, emprunté à un texte de Stefan Zweig, porte l’idée d’une force presque surnaturelle – proche de celle de la passion, qu’on ne maîtrise pas, d’une sensation explosive qui nous échappe. Il y a là une proximité de lecture avec la puissance et la beauté de la génération vietnamienne que j’ai photographiée : une jeunesse intrigante, fulgurante développant des codes qui lui sont propres, rêvant en partie d’occidentalisation mais sans délaisser sa culture et ses traditions.

Corpus est un volet de ce projet pensé pour l’espace public. Un répertoire non-exhaustif de gestes est extrait de scènes photographiées lors de mes déambulations nocturnes. Ces plans de détails sont intégrés par insert dans une sorte de travelling photographique de nuit.

À mi-chemin entre voyeurisme et enquête anthropologique, ces plans rapprochés, juxtaposés telle une série d’écrans, cherchent à capturer dans l’agrandissement la part intime de ces scènes d’espace publique. Affleure dans cet espace pensé comme une séquence cinématographique la dimension sensuelle de l’image, le langage puissant et intriguant des corps en mouvement.

 

Née en 1986, Mélissa Boucher est franco-bolivienne et fait partie de l’atelier collectif Le Houloc à Aubervilliers depuis 2016.  Elle a étudié à l’atelier de Patrick Tosani aux Beaux Arts de Paris dont elle sort diplômée en 2013. Ses images sont sa façon de repenser et réimaginer ses rencontres et ses déplacements. Ses compositions agissent comme une exploration de la mémoire interrogeant notre rapport à l’espace, au temps et au récit, tout en ouvrant un espace de jeu entre le récit documentaire et la fiction.