Le Bour Sidney Léa

L'enfer blanc

À Al-Minya, en Egypte, l’arrivée sur les carrières de calcaire est surréaliste. Une route chaotique et labyrinthique slalome au milieu de paysages blancs immaculés. L’air est irrespirable et la lumière aveuglante. Des nuages de particules enveloppent les silhouettes fantomatiques. À chaque inspiration, la silice s’engouffre dans les poumons des ouvriers. Ils tentent de se protéger avec des foulards en tissu mais cela n’arrête pas la maladie. Embolies pulmonaires, cataractes et accidents sont monnaie courante. Il suffit d’une scie qui dérape ou d’un éclat de lame qui se détache pour lacérer la chair et causer des dommages irréparables. Les fils électriques à nu serpentant sur le sol sont à l’origine de nombreuses électrocutions. Et, pour couronner le tout, la plupart des ouvriers ne sont pas assurés. Les propriétaires n’arrivent pas à obtenir du gouvernement les licences qui garantiraient à leurs employés une retraite et une assurance maladie.

 

Traversée du continent eurasien en autostop et reportage hivernal au long cours en Sibérie, la curiosité insatiable de Sidney Léa Le Bour la conduit aux quatre coins du monde en quelques années. La surprise est le moteur de sa création photographique et un élément clé dans le choix de ses projets. L’insolite l’attire et c’est en voulant montrer ce qui l’étonne et la fascine qu’elle fabrique de l’image.