Sauvêtre Maxime

L'invisible - L'économie immatérielle

Les abords des métropoles sont constellés de ces entrepôts industriels et impersonnels, de ces nœuds autoroutiers hostiles au flâneur : les fameuses zones d’activité commerciale, non-lieux par excellence.

Depuis quelques années s’y trouvent également des entrepôts de produits d’un genre particulier : les données numériques concentrées dans les data centers. Ces fermes numériques sont l’infrastructure physique du web : elles nécessitent une place grandissante à mesure que nos échanges « immatériels » se développent et trouvent dans ces zones leur habitat naturel : surface disponible, foncier peu élevé. La moitié des data centers de France est implantée en Seine-Saint-Denis. Les grandes entreprises du secteur y bénéficient d’un excellent réseau câblé – les autoroutes dont elles ont besoin –, et d’un approvisionnement constant en électricité – leur carburant.

Insoupçonnable à première vue, le coût social et environnemental de ces entreprises est en réalité très élevé. Elles ne génèrent que peu d’emplois dans des zones qui en manquent cruellement. Leurs besoins énergétiques faramineux font d’elles une des industries les plus polluantes. Enfin, les gigantesques cuves de fuel nécessaires à l’alimentation des groupes électrogènes constituent un danger non négligeable d’explosion.

Fermés, sécurisés, surveillés, il n’y a finalement rien à voir de ces sites dont rien ne sort, si ce n’est leur imposante matérialité abritant une large part de ce qui constitue aujourd’hui nos identités contemporaines.